Le village des facteurs d'images

Accueil > Le phare du village > Le Bistrot du Phare > Les sirènes du libéralisme

La démocratie otage des marchés financiers

Le quatrième pouvoir : : C’est le nom que l’on donne aux médias aujourd’hui, dénomination qui révèle l’ampleur de leur puissance.

La démocratie otage des marchés financiers

La sphère financière, avec l’aide des médias dominants, fait-elle de Jean-Marie
Le Pen le porte-parole de la gauche antilibéral ?

Le quatrième pouvoir : C’est le nom que l’on donne aux médias aujourd’hui, dénomination qui révèle l’ampleur de leur puissance. Pourtant à l’origine, les journaux étaient interdits, car les libertés d’opinion et d’expression étaient interdites. Les journaux ont donc d’abord été révolutionnaires (« le Père Duchesne », « l’ami du peuple », « le vieux cordelier ») et ils visaient à informer les citoyens sur la politique menée par le gouvernement révolutionnaire de l’époque (1789-1794). Cette conquête fut aussi la victoire de l’écrit et des textes sur la coutume et la parole. L’instruction scolaire obligatoire pour tous est la conséquence de ce mouvement de conquête du pouvoir de l’écrit. Il fallait avoir des citoyens qui pour être libres (déclaration des droits de l’homme et du citoyen) puissent savoir lire, et écrire, rôle qui était jusqu’à la Révolution dévolu au clergé et aux nobles. De révolutionnaires, les journaux dominants sont devenus pour l’essentiel, des supports à l’idéologie dominante. Puisque le pouvoir politique ne pouvait plus censurer, et que l’église arrivait de moins en moins à contrôler ses ouailles, il fallait au moins pouvoir contrôler l’opinion. Goebbels en fut le promoteur le plus zélé, mais n’oublions pas :

• Le rôle des journalistes en France sous l’occupation dans la chasse aux juifs et le soutien à Pétain et Hitler. Pourtant ils se disaient aussi libres.
• Le rôle des journalistes en URSS et dans les pays de l’est qui étaient là aussi pour soutenir le pouvoir,
• Le rôle des journalistes américains au moment du début de la guerre en Irak et leur soutien à la « guerre contre le terrorisme »
• Le soutien absolu de l’ensemble du paysage médiatique dominant (radio, télévision et presse écrite) pour le OUI au référendum.

DE LA DEMOCRATIE : « Régime politique dans lequel le Peuple exerce sa souveraineté lui-même, ou par représentants interposés ». Telle est la définition du dictionnaire. Les journalistes connaissent cette définition, et savent qu’ils ont un rôle essentiel en démocratie : ils ont, dans le cadre de leur liberté à faire vivre cette maxime, en ajoutant, que cette démocratie ne peut exister réellement, que si elle s’appuie sur un débat contradictoire, qui puisse permettre au « peuple citoyen » de prendre ses décisions. Dans une démocratie, les médias ont donc un rôle et une fonction centrale, qui sont celle d’informer les citoyens, en vue de leur permettre de se faire une opinion. On pourrait croire qu’au vu de leur responsabilité dans la démocratie l’objectivité est la règle d’or des journalistes et qu’ils ne sont, au vu des expériences de l’histoire, jamais les promoteurs d’une idéologie. La campagne électorale sur le référendum avait déjà montré les limites de cette assertion. L’expérience actuelle prouve pourtant, qu’une fois de plus, ils sont bien les serviteurs zélés du pouvoir en place, quelque soit ce pouvoir.

DESCRIPTION DE LA SCENE : « A vous de juger » nouvelle émission politique sur France 2. Premier invité, François Bayrou. Petit dialogue avec la journaliste. Jusque là rien à dire. Discussion de salon qui n’apporte rien sans plus. Puis la journaliste appelle Jean-Marie Le Pen et le débat se poursuit entre les deux. François Bayrou aurait pu choisir tous les sujets de débats sur l’économie, l’emploi, le chômage, le logement, principales préoccupations des citoyens…que croyez vous qu’il prit ? L’immigration. A se demander pourquoi ? Puis deux nouveaux personnages politiques furent invités à rejoindre les deux premiers. Arnaud Montebourg, pour le PS et Patrick Devedjan pour l’UMP. Ainsi tout l’échiquier politique était représenté, hors la gauche antilibérale. Le débat entre « gens de bonne famille » put se poursuivre. On est là dans la pratique du « débat censitaire » où l’on parle mieux « entre nous », à l’image des salons de l’ancien régime qui, entre deux orgies, parlaient de Voltaire et de Diderot.

L’IRRUPTION DU PEUPLE : Dans cette mécanique médiatique bien huilée, la journaliste animatrice osa donner la parole à la salle. C’est là où la « fracture démocratique » put sauter aux yeux. Devant des questions précises sur les questions de l’emploi, du pouvoir d’achat, des licenciements, provenant des gens du peuple, aucun des grands politiques ne sut et ne put répondre, qu’à travers des grands principes, mais ne répondant en aucun cas aux questions posées, arrachant même des protestations de la part de la salle. Dans cet exercice, seul Le Pen apparut comme répondant le mieux aux interrogations et souffrances exprimées…. Bien sur, il le fit à sa manière, avec ses réponses de type réactionnaires (au sens propre du terme de retour en arrière), mais répétons le dans le débat proposé, c’est lui qui est apparut comme ayant les meilleurs réponses possibles pour les gens du peuple, en situation de souffrance sociale dans le cadre du libéralisme mondialisé. Or sur quoi reposaient ses réponses ??? Et pourquoi les autres politiques étaient incapables d’apporter les réponses ?

SORTIR DU LIBERALISME ET DU LIBRE ECHANGE : On peut se demander pourquoi Le Pen peut ainsi apparaître comme la « meilleure réponse politique », dans un débat politique ? La réponse est pourtant simple à comprendre, tellement évidente qu’elle ne se voit pas au premier coup d’oeil. Le Pen, ce soir là, était le seul, qui, présent sur le plateau, apportait des réponses qui obligatoirement, faisait sortir notre Pays d’une « politique économique libérale », fondé sur le « libre échange ». Tous les autres, étant d’accords pour ne pas sortir du système libéral, et, ne pouvant sortir du cercle de l’économie libérale, ils sont donc incapables de proposer des actions politiques susceptibles de pouvoir régler les problèmes concrets posés (chômage, licenciements, emplois, croissance, délocalisations, pouvoir d’achat, logements, etc.) par les gens. Voilà aussi pourquoi, nos « grands politiques » quand ils débattent avec Le Pen, abordent systématiquement le seul sujet dans le quel ils espèrent pouvoir s’en sortir : l’immigration, le racisme, en espérant que les valeurs de la république convaincront l’essentiel de l’électorat, que décidément, on ne peut pas voter Le Pen. Ils ne peuvent en aucun cas aborder les vrais problèmes, car ils sont prisonniers de leur idéologie initiale conféré en système divin : « hors le marché point de salut ». C’est cela la démission du politique, car en se soumettant au marché comme système supérieur à la politique, ils abandonnent à la loi de l’offre et de la demande, l’action politique.

LES ALTERMONDIALISTES ABSENTS DU DEBAT : Notre pays, l’Europe et le monde connaissent depuis les années 90, une montée en puissance de ce que l’on appelle les altermondialistes. Ils sont des responsables associatifs et politiques qui considèrent qu’il faut construire une autre mondalisation fondée sur un dépassement des échanges marchands (« le monde n’est pas une marchandise »). Ils sont ceux qui ont le plus fait avancé l’humanité dans le sens du progrès. On leur doit notamment les idées de « développement durable » et de « commerce équitable », qui aujourd’hui sont désormais des principes repris par tous les politiques (hors G.W Bush). En France, ils existent et leurs prolongements politiques s’appellent Besancenot, Buffet, Bové et d’autres. N’oublions pas de plus, que ce mouvement construit autour des collectifs du 29 Mai représentent plus de 50 % des citoyens (90 % des 55 % pour le NON au référendum venaient de gauche). Mais ces gens-là ne sont pas fréquentables, ils veulent vraiment sortir du libéralisme par le haut et nous (journalistes) on est payé pour que le système (le libéralisme) se reproduise… car c’est ce système qui les paye.

DE LA MEDIOCRATIE : Dans une émission politique, qui prépare les élections Présidentielles et qui se veut démocratique, ne pas inviter un des représentants du courant altermondialiste, revient de fait, à prendre parti pour les autres. Les médias jouent un rôle médiocratique, dans le sens qu’ils invitent ceux dont ils sont surs qu’ils ne représentent pas un danger pour le maintien et la reproduction du système. La médiocratie organise un « non débat » dont le but est de déboucher sur un 21 Avril bis, moins dangereux, pour les marchés que toute autre option.

LA BOURGOISIE PREFERAIT HITLER, LES MARCHES FINANCIERS PREFERENT LE PEN : Dans l’Histoire nous avons déjà vécu cette situation. Quand les citoyens se sont occupés de leurs affaires, ils sont directement intervenus dans la politique en occupant les usines, et en obligeant ainsi le patronat à négocier (il ne sait pas le faire autrement). Tout ce qui était impossible avant l’occupation de 1936, devint possible en 15 jours, y compris les congés payés. Mais il fallait mettre au pas cette « racaille ouvrière » , qui prétendait pouvoir se reposer tout en étant payé. Heureusement, qu’il y eut Hitler et son allié Pétain, qui remit la France au travail. Eh bien aujourd’hui, après le 29 Mai, les marchés financiers ont la même hantise que la bourgeoisie française en 1940. Il s’agit d’empêcher les citoyens de pouvoir penser autrement, les empêcher de pouvoir penser qu’il est possible de sortir de la mondialisation et de ses conséquences (chômage, insécurité, immigration), autrement qu’en votant Le Pen, ce qui par effet repoussoir (29 Mai) permet la reproduction du système libéral (droite libérale ou gauche sociale libérale).

LA PROMOTION DE LE PEN : A chaque fois qu’un débat télévisé sera organisé de cette manière, les citoyens peuvent se dire qu’il n’y a pas information, mais manipulation de l’opinion. Cet exemple montre à quel point, le rôle des médias, n’est pas neutre… Ceux-ci sont d’autant plus un outil au service de la reproduction du système (le capitalisme mondialisé) que désormais ce sont des financiers qui sont les vrais patrons des groupes de presse et de télé. Ainsi le groupe Hersant contrôle la presse écrite, Bouygues TF1 et L.C.I, et Vivendi contrôle Canal +. Les débats organisés par les médias, censés permettre le débat démocratique, font avant tout la promotion de Le Pen, comme seule alternative au libéralisme, et ils espèrent ainsi échapper à un vrai débat de fond sur les causes réelles et sérieuses de la situation. De ce fait, ils sont les principaux responsables du 21 Avril et des répliques qui pourraient lui succéder.
le mardi 28 novembre 2006, Fabrice Aubert et Dany Bruet